Pelade (alopecia areata)
Une maladie auto-immune bien différente de la calvitie héréditaire : le système immunitaire attaque les follicules pileux, provoquant des plaques de chute brutales. Un nouveau traitement, le baricitinib, a changé la prise en charge des formes sévères ces dernières années.
Qu'est-ce que la pelade
Contrairement à l'alopécie androgénétique, la pelade n'a rien d'hormonal ni de génétique au sens classique : c'est une maladie auto-immune dans laquelle le système immunitaire attaque par erreur les follicules pileux, sans les détruire définitivement. Elle se manifeste par des plaques bien délimitées, totalement lisses et glabres, le plus souvent sur le cuir chevelu, mais parfois aussi sur la barbe, les sourcils ou les cils.
Des formes de sévérité très variable
La pelade va d'une simple plaque isolée, qui repousse parfois spontanément en quelques mois, jusqu'à des formes sévères et étendues : la pelade totale (perte de tous les cheveux du cuir chevelu) et la pelade universelle (perte de tous les poils du corps). La sévérité est mesurée par le score SALT (Severity of Alopecia Tool), qui évalue le pourcentage de cuir chevelu touché.
Les traitements historiques
Pendant longtemps, les options thérapeutiques de la pelade sont restées limitées : injections de corticoïdes directement dans les plaques, application de minoxidil, ou corticothérapie générale dans certains cas sévères. Ces approches ont montré une efficacité réelle mais souvent partielle, en particulier sur les formes étendues (pelade totale ou universelle), où les résultats restent globalement décevants.
Le baricitinib, un changement de traitement pour les formes sévères
Le baricitinib est un inhibiteur de Janus kinase (JAK1/JAK2), une molécule qui bloque une voie de signalisation impliquée dans l'attaque auto-immune des follicules pileux. Deux essais cliniques de phase 3 publiés en 2022 dans le New England Journal of Medicine ont confirmé son efficacité, ouvrant la voie à son approbation dans plusieurs pays pour les formes sévères de pelade chez l'adulte.
Approfondir : ce que montrent les données réelles sur le baricitinib
Une étude italienne multicentrique portant sur 253 adultes atteints de pelade sévère, publiée en 2026, a suivi les patients traités par baricitinib 4 mg par jour pendant 48 semaines en conditions réelles de pratique clinique. Les résultats confirment une repousse capillaire substantielle chez une large proportion des patients, avec un profil de sécurité jugé favorable sur cette durée de suivi.
Une autre étude réelle italienne à 24 semaines, portant sur 118 patients avec un score SALT moyen supérieur à 95 (quasi-totalité du cuir chevelu touchée) à l'inclusion, a montré une diminution moyenne significative de ce score après traitement, accompagnée d'une amélioration de la qualité de vie et des symptômes anxio-dépressifs associés à la maladie.
Des travaux plus récents cherchent désormais à identifier les facteurs prédictifs d'une réponse précoce au traitement, afin de mieux anticiper qui répondra rapidement et qui nécessitera un traitement prolongé avant d'observer un résultat.
- King B et al., Two Phase 3 Trials of Baricitinib for Alopecia Areata, New England Journal of Medicine, 2022.
- Piraccini BM et al., Effectiveness and safety of baricitinib in severe alopecia areata: 48-week results, Journal of the European Academy of Dermatology and Venereology, 2026.
- Étude réelle italienne à 24 semaines sur 118 patients, publiée sur PubMed, 2025.
Et chez l'adolescent ?
Le baricitinib fait l'objet d'essais cliniques spécifiquement menés chez l'enfant et l'adolescent de 6 à 18 ans atteints de pelade sévère, avec des résultats préliminaires encourageants rapportés en 2025 sur la repousse capillaire dans cette tranche d'âge. Ces études sont encore en cours, avec des dates de complétion estimées à plus long terme, ce qui signifie que le niveau de preuve chez le mineur reste, à ce stade, moins solide que chez l'adulte.
Un traitement qui nécessite un suivi médical spécialisé
Le baricitinib est un immunomodulateur puissant, prescrit uniquement par un dermatologue dans le cadre d'un suivi structuré, avec surveillance biologique régulière (numération sanguine, bilan lipidique, dépistage d'infections). Ce n'est pas un traitement disponible en accès direct ni adapté à toutes les formes de pelade, en particulier les formes légères et localisées où le rapport bénéfice-risque est réévalué au cas par cas.
Impact psychologique et accompagnement
La pelade, en particulier dans ses formes étendues et visibles, peut avoir un retentissement psychologique important, sur l'estime de soi comme sur la vie sociale. Les études cliniques sur le baricitinib mesurent d'ailleurs systématiquement des scores de qualité de vie et de détresse anxieuse, qui s'améliorent généralement en parallèle de la repousse capillaire. Un accompagnement psychologique, en complément du traitement dermatologique, peut être proposé selon les besoins de chaque patient.