Dossier spécial : les alopécies

« Calvitie » et « alopécie » sont souvent confondus. Le premier ne désigne qu'une seule forme, certes la plus fréquente, de perte de cheveux. Le second est un terme médical bien plus large, qui recouvre des mécanismes, des pronostics et des traitements très différents. Ce dossier remet les choses à plat.

Calvitie, alopécie : la distinction qui change tout

La « calvitie » désigne dans le langage courant l'alopécie androgénétique — celle, héréditaire et hormonale, qui touche environ un homme sur deux et une part importante des femmes après 40 ans. C'est la forme la plus fréquente, la plus étudiée sur ce site, et celle pour laquelle existent les traitements les mieux validés (minoxidil, finastéride, greffe).

Le mot « alopécie » est le terme médical générique qui désigne toute perte de cheveux ou de poils anormale, quelle qu'en soit la cause. La calvitie n'en est qu'une des formes. Comprendre à quel type d'alopécie on a affaire est la première étape avant de choisir un traitement : ce qui fonctionne pour l'une peut être inutile, voire inadapté, pour une autre.

La distinction fondamentale : cicatricielle ou non

Les dermatologues classent d'abord les alopécies selon un critère simple mais déterminant : le follicule pileux est-il détruit définitivement, ou reste-t-il capable de refabriquer un cheveu ? Cette distinction conditionne directement le pronostic et l'urgence de la prise en charge.

Les alopécies non cicatricielles : la repousse reste possible

Dans ces formes, le follicule pileux est mis au repos ou attaqué, mais sa structure reste intacte. Une repousse est donc possible, spontanément ou grâce à un traitement adapté.

TypeMécanismeEn savoir plus
Alopécie androgénétiqueGénétique et hormonale (DHT), miniaturisation progressive du folliculeDossier causes & prévention
Pelade (alopecia areata)Auto-immune, le système immunitaire attaque le follicule sans le détruireDossier pelade
Effluvium télogèneChoc physiologique (accouchement, stress, fièvre, carence) qui synchronise la chuteDossier post-partum
Alopécie de tractionTension mécanique répétée sur le cheveu (tresses serrées, extensions, queues-de-cheval tirées)Voir ci-dessous
TrichotillomanieArrachage compulsif des cheveux, trouble à composante obsessionnelle-compulsiveVoir ci-dessous
Zoom sur l'alopécie de traction, un cas encore trop peu connu

Anciennement appelée « alopécie du chignon », l'alopécie de traction résulte d'une tension prolongée exercée sur les cheveux : tresses très serrées, extensions, tissages, queues-de-cheval systématiquement tirées. Elle touche préférentiellement la ligne frontale, les tempes et le pourtour des oreilles, avec parfois une atteinte plus étendue dans les cas sévères.

Le point important : à un stade précoce, elle est réversible si les pratiques capillaires en cause cessent. Prolongée pendant des années, elle peut en revanche évoluer vers une forme cicatricielle et devenir définitive. C'est une des rares alopécies où l'action la plus efficace est avant tout comportementale — espacer les coiffures tractives, réduire la tension — avant d'envisager un traitement médical.

La trichotillomanie, à ne pas confondre, correspond à un arrachage compulsif des cheveux ou des poils. Sa prise en charge relève autant, voire davantage, d'un accompagnement psychologique que d'un traitement dermatologique classique.

Les alopécies cicatricielles : une prise en charge différente et urgente

Ici, le follicule pileux est détruit et remplacé par du tissu fibreux : la perte de cheveux est définitive sur les zones touchées, sans espoir de repousse spontanée ni médicamenteuse. Elles sont beaucoup plus rares que les formes non cicatricielles, mais leur caractère irréversible impose une consultation rapide dès les premiers signes, avant que les dégâts ne s'étendent.

Signes qui doivent alerter

Contrairement à la calvitie classique, les alopécies cicatricielles s'accompagnent souvent de symptômes inflammatoires : rougeurs, démangeaisons, sensations de brûlure, petites pustules ou croûtes sur le cuir chevelu, peau qui devient lisse et luisante sur la zone touchée avec disparition visible des orifices des follicules. Toute perte de cheveux associée à ces signes justifie une consultation dermatologique rapide, sans attendre.

TypeCaractéristiques
Lichen plan pilaireLa plus fréquente des alopécies cicatricielles ; inflammation et rougeur autour des follicules, plaques qui s'étendent progressivement
Alopécie frontale fibrosanteVariante du lichen plan pilaire, touche presque exclusivement la ligne fronto-temporale, principalement chez la femme ménopausée
Folliculite décalvante de QuinquaudInflammation chronique d'origine infectieuse des follicules, avec pustules et croûtes ; environ 11 % des alopécies cicatricielles
Lupus discoïde du cuir cheveluPlaques rouges et squameuses, une des manifestations possibles du lupus cutané
Pseudopelade de BrocqPetites plaques cicatricielles disséminées, souvent d'évolution lente
Approfondir : pourquoi le diagnostic est plus complexe pour ces formes

À un stade avancé, plusieurs alopécies cicatricielles peuvent se ressembler cliniquement : cuir chevelu lisse, disparition des orifices folliculaires. C'est pourquoi le diagnostic précis repose souvent sur une biopsie du cuir chevelu, analysée en laboratoire pour identifier le type exact d'inflammation en cause (à prédominance lymphocytaire ou neutrophilique selon la classification utilisée par les dermatologues) et orienter le traitement.

Les traitements diffèrent totalement de ceux de la calvitie classique : selon le type précis, on retrouve des corticoïdes locaux ou en injection, des antipaludéens oraux, des immunosuppresseurs, ou plus récemment certains inhibiteurs de Janus kinase à l'étude — mais jamais le minoxidil ou le finastéride seuls, inefficaces sur un follicule déjà détruit. Un suivi par un dermatologue expérimenté dans ce domaine spécifique est indispensable.

  • Assouly P, Dereure O, Alopécies cicatricielles, EM Consulte.
  • Centre Sabouraud, Domaines d'expertise — alopécies cicatricielles.
  • Deuxième Avis, Alopécie : cicatricielle et non cicatricielle.

Homme, femme : une répartition différente selon le type

Notre contenu aborde beaucoup l'alopécie androgénétique masculine, largement documentée et la plus fréquente en valeur absolue. Mais certaines formes d'alopécie touchent préférentiellement, voire quasi exclusivement, les femmes — un point souvent sous-représenté dans l'information disponible en ligne.

Type d'alopécieRépartition
Alopécie androgénétiqueLes deux sexes, présentation clinique différente (voir notre dossier alopécie féminine)
Alopécie frontale fibrosanteQuasi exclusivement les femmes ménopausées
Alopécie de tractionTrès majoritairement les femmes, liée aux pratiques capillaires (tresses, extensions)
Effluvium post-partumExclusivement les femmes, par définition
PeladeLes deux sexes de façon comparable

Pour aller plus loin sur les spécificités féminines, notre dossier détaillé sur l'alopécie chez la femme couvre notamment le syndrome des ovaires polykystiques et le rôle de la ménopause.

Un seul réflexe à retenir

Face à une perte de cheveux inhabituelle, le plus important n'est pas de savoir immédiatement de quel type d'alopécie il s'agit, mais de consulter un dermatologue pour poser un diagnostic précis — en particulier en cas de signes inflammatoires (rougeurs, démangeaisons, douleur), qui doivent toujours accélérer la prise de rendez-vous.